Isssue du bouddhisme tibétain, plus précisément de la tradition Vajrayāna, cette pratique, parfois appelée « transfert de conscience » au moment de la mort, a pour but de guider l’esprit vers un état de libération ou une renaissance favorable.
🔹 Définition et Origine
Le mot tibétain P’owa (འཕོ་བ་) signifie littéralement transfert. Cette pratique spirituelle vise à projeter consciemment la conscience hors du corps au moment de la mort, en direction d’un état de conscience plus pur ou du champ de félicité (Dewachen), associé à Amitābha (Bouddha de la Lumière Infinie).
Phowa fait partie des Six Yogas de Nāropa, un ensemble de techniques avancées transmises dans les lignées tantriques du bouddhisme tibétain (notamment les traditions Kagyü et Nyingma).
🔹 Objectif Spirituel
Le but du Phowa est de :
Éviter les renaissances défavorables dans les royaumes inférieurs.
Accéder à Dewachen, le paradis d’Amitābha, pour y poursuivre la pratique jusqu’à l’Éveil.
Réaliser le Mahāmudrā (grande union) ou la claire lumière dans le bardo.
Se libérer du cycle du samsāra sans devoir maîtriser toutes les pratiques préliminaires.
🔹 Préparatifs de la Pratique
Avant de pratiquer le P’owa, certaines étapes sont essentielles :
Ngöndro (Préliminaires)
Refuge dans les Trois Joyaux.
Développement de la bodhicitta (l’esprit d’Éveil).
Pratique de purification (Vajrasattva).
Accumulation de mérite (offrandes, prosternations, etc.).
Transmission et bénédiction
Il est impératif de recevoir la transmission orale (lung), l’initiation (wang), et l’instruction (tri) d’un maître qualifié.
🔹 Visualisation et Processus Technique
Posture
Assis en posture de méditation (lotus ou demi-lotus).
Colonne vertébrale droite, respiration calme.
Canaux subtils
Visualisation du canal central (uma) : droit, transparent, allant du chakra du nombril jusqu’au sommet du crâne.
Les deux canaux latéraux s’enroulent autour du canal central.
Visualisation du Bouddha Amitābha
Amitābha trône dans le ciel devant vous, rayonnant de lumière rouge rubis.
Visualisez une fleur de lotus, disque de lune, et syllabe HRIH au sommet de votre tête (chakra de la couronne).
Mantra et souffle
Récitation du mantra d’Amitābha :
OM AMI DEWA HRIH
À l’expiration, imaginez votre conscience (sous forme d’un bindu ou d’une sphère de lumière) montant par le canal central et s’éjectant par le sommet du crâne jusqu’au cœur du Bouddha Amitābha.
Transfert de conscience
Avec chaque souffle, affinez l’intention de vous unir à Amitābha.
Finalement, imaginez la conscience fusionnant avec le cœur lumineux du Bouddha, libre du corps et des karmas.
🔹 Signes de succès
Selon les maîtres, les signes indiquant la réussite du Phowa peuvent inclure :
Une sensation de chaleur ou un mouvement au sommet du crâne.
Parfois, une goutte de sang ou une ouverture fine au vertex (chakra de la couronne).
Dans les monastères, on vérifie même parfois la souplesse du corps après la mort ou la direction du regard.
🔹 Phowa pour autrui (transfert par proxy)
Un pratiquant avancé peut faire le Phowa au nom d’un mourant ou d’un défunt, avec une visualisation et récitation dédiées. Cela se fait dans les 49 jours suivant la mort (durée du bardo), pour orienter l’esprit vers la libération.
🔹 Précautions et limites
Ne pas pratiquer à la légère : le Phowa peut provoquer un déracinement prématuré de la conscience.
Toujours pratiquer sous supervision d’un maître expérimenté.
Peut provoquer des déséquilibres énergétiques si mal exécuté.
🔹 Conclusion
Le Phowa est une méthode puissante de libération, centrée sur la confiance, la dévotion et la clarté de conscience. Bien qu’elle ne remplace pas l’intégralité du chemin de transformation 3intérieure, elle est un raccourci précieux en cas de mort imminente ou d’incapacité à pratiquer d’autres voies.